
78
23 juillet 2020
La forêt au crépuscule…
L'été avance…
Juillet tire déjà à sa fin : dans une semaine, Julius s’effacera au profit d’Auguste. Le temps nous file entre les doigts aussi surement que le sable le plus fin. Le ciel voilé retient la chaleur de la journée. La soirée s’annonce douce mais couverte. Les nuages s’amoncèlent un peu plus à chaque minute. Une légère brise provenant du nord-ouest se lève et houspille un peu le haut des arbres.
Alors que les clochers de France et de Navarre s’apprêtent à sonner huit coups, de nombreux oiseaux sortent de leur torpeur de l’après-midi et reprennent leurs vocalises. Le Merle noir et sa voix flûtée. Le Pouillot véloce et son célèbre « Psip-Psap ». Le Pinson des arbres et sa mélodie qu’on entend partout, qu’on soit en forêt ou dans un jardin urbain. Sur un fil électrique, un Gobemouche gris se laisse longuement admirer. Taille du pinson, silhouette élégante mais avec une tête assez proéminente. Un plumage gris largement strié de sombre sur la poitrine. Depuis son poste de guet, l’oiseau surveille les insectes. Que l’un d’eux s’approche et le gobemouche s’envole pour le capturer d’un claquement de bec : la mouche ainsi gobée donne son nom à l’oiseau.
Le chemin sableux serpente entre les touffes de bruyère en fleur. Une petite haie de hêtre (feuilles bordées de soies blanches) tente de survivre à la sécheresse qui stresse la végétation. Le déficit hydrique est très important : même si la région n’est pour le moment pas touchée par la canicule, le manque de pluie se fait sentir depuis le milieu du mois de mars. Et ce ne sont pas les rares journées de précipitations du mois de mai qui changent la donne. Les végétaux souffrent, et ce manque d’eau s’ajoute à ceux des quatre ou cinq dernières années. Beaucoup d’arbres ont déjà perdu des feuilles afin de limiter leur transpiration – et donc de lutter contre la déshydratation. De nombreuses fougères roussissent.
Un gros papillon de nuit frétille sur le sable blanc du chemin. Un Bombyx du chêne bat des ailes de façon frénétique. Un mâle avec ses antennes épaisses en forme de double peigne. Une grosse chenille verte à pois jaunes traverse elle aussi le chemin à nos pieds : un Petit Paon de nuit qui n’a pas encore atteint le stade adulte ni déployé ses magnifiques ailes.
La nuit tombe vite...
Quelques gouttes apparaissent. Si faibles et si éparses qu’elles ne parviennent même pas à humidifier le sol. S’évaporant avant même d’avoir apporté quelques molécules d’eau bien ténue à la végétation exsangue. Au-dessus de nos têtes, les nuages roulent vers l’horizon sans crever. Le pique-nique s’organise sous le couvert de Pins sylvestres. Sandwiches, salades, tomates sortent des sacs. Plus un oiseau ne se fait entendre hormis une Fauvette à tête noire qui profite du silence pour accaparer tous les feux des projecteurs : seule sur la scène, cette diva aime être le centre de toutes les attentions, l’objet de tous les regards.
La couverture nuageuse achève le jour plus tôt qu’à l’accoutumé. L’ombre gagne du terrain. Les arbres ne sont bientôt plus que des silhouettes sombres. A plusieurs reprises, nous stoppons net notre marche, ayant perçu un son. A droite ou à gauche. Mouvements d’un animal en sous-bois : les déplacements font craquer les feuilles sèches tombées sur le sol. La végétation bruisse et trahit celui qui aimerait pourtant rester discret. Ecarquillant les yeux, fouillant les ombres, nous ne parvenons pas à l’apercevoir. Encore moins à l’identifier.
La nuit s’épaissit. A 22h30, seul le sillon clair du sentier sableux tranche encore un peu avec les ténèbres qui ont largement envahies la forêt. Nous tentons de ne pas allumer de lampes de poche. Pour rester aussi discrets que possible et de ne pas effrayer inutilement les animaux qui sans doute nous observent. Mais aussi par jeu. Pour profiter de l’ambiance intimiste de la forêt plongée dans le noir. Vivre ces instants privés de ce sens si important qu’est la vue. Mettre l’accent sur nos autres facultés. Respirer à plein poumons les odeurs de la nuit. Celles des pins, des bruyères, de la terre qui exhalent bien plus le soir qu’en journée. Ecouter chaque bruit qui dans le silence nocturne prend une importance fantastique. Le mouvement d’un petit rongeur dans la litière du sol (bruissement de feuilles mortes). Les centaines de stridulations des Grillons des bois qui se mêlent en une rumeur sourde et omniprésente. Celles bien plus puissantes d’une Grande Sauterelle verte installée au sommet d’un grand chêne pour chanter. Le hululement d’une Chouette hulotte qui retentit tout à coup dans la parcelle devant nous.
Dans une obscurité épaisse, notre groupe retrouve son point de départ et les véhicules. Quelques Grenouilles vertes coassent dans le marais tout proche. Des étoiles brillent dans les rares trouées entre les nuages : Véga au zénith, mais les autres sont difficiles à nommer dans ces interstices si étroits. Notre groupe se sépare aux environs de 23h30 alors qu’une dernière Chouette hulotte pousse un « Ouuh » au loin. Merci à tous d’être venus.
Liste des espèces
Oiseaux :
Gallinule poule-d'eau, Chouette hulotte, Corneille noire, Mésange bleue, Mésange huppée, Sittelle torchepot, Grimpereau des jardins, Troglodyte mignon, Rougegorge familier, Merle noir, Grive musicienne, Fauvette à tête noire, Pouillot véloce, Roitelet huppé, Gobemouche gris, Pipit des arbres, Grosbec casse-noyaux, Chardonneret élégant, Pinson des arbres
Papillons de jour :
Amaryllis, Myrtil, Tristan
Papillons de nuit :
Petit Paon de nuit, Bombyx du chêne
Amphibien et reptile :
Grenouille verte, Orvet fragile
Orthoptères :
Grande Sauterelle verte, Grillon des bois
_JPG.jpg)
_JPG.jpg)
_JPG.jpg)