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12 juillet 2018
Soirée aux portes de Rambouillet
Les dernières maisons…
En lisière nous abandonnons les véhicules. La route menant à Cernay, bruyante, nous gêne quelques peu et brouille les chants d’oiseaux qui nous ont accueillis dès notre descente de voiture. Alentour, les jardins se succèdent. Au centre, de belles maisons plastronnent, leurs propriétaires sur leur terrasse à l’heure de l’apéritif.
Ces jardins arborés en lisière de forêt domaniale sont d’une grande richesse avifaunistique. Ils nous donnent l’occasion de commencer par les espèces les plus communes. D’autant que les oiseaux y sont plus aisément observables qu’en grande forêt. Merle noir, Mésange charbonnière, Mésange bleue et Mésange nonnette, Rougegorge familier, Pigeon ramier, Tourterelle turque, Grimpereau des jardins, Fauvette à tête noire, Troglodyte mignon, Pinson des arbres, Gobemouche gris… La liste s’allonge à chaque nouveau pas.
En bas de la zone résidentielle et aux pieds des premières parcelles forestières, le lit asséché d’un petit ru ne conserve que des reliques d’humidité : une flaque ou deux de proche en proche dans lesquelles s’ébattent des milliers de larves de moustiques et quelques très jeunes Grenouilles agiles. C’est la Drouette, à quelques hectomètres des suintements forestiers qui lui tiennent lieu de sources – au pluriel.
La forêt…
Ce soir, le pas contemplatif et le regard rivé sur les hautes herbes qui encadrent l’étroit sentier, le groupe progresse lentement. La curiosité est aux aguets. Appareils photo – et iphone X – en main, les tests comparatifs de la FNAC sont dûment vérifiés. L’iphone X s’en tire la tête haute face aux réflex Canon ou aux bridges Lumix.
Des hétérocères – appelés couramment « papillons de nuits »– volent de feuilles en feuilles. Pour souvent se poser au verso et échapper aux feux de la rampe. Au moins trois espèces sont toutefois saisies dans nos boites à images. Parmi elles, une magnifique Timandre aimée, très belle espèce de couleur ivoire, saupoudrée d’ocre et barrée de rouge.
Durant près d’un kilomètre, les araignées tirent à elles toute la couverture. Nous en trouvons des noires, des blanches, des petites, des grosses, des coopératives et des timides. Leurs noms nous échappent pour la plupart. Mais même plongées dans le plus grand anonymat, elles ne nous laissent pas indifférents. Des réactions parfois vives ponctuent chaque nouvelle découverte.
Bouquets de saules, touffes de joncs ou de carex (que l’on reconnait aisément à leur tige à section triangulaire) hérissent les fossés encore humides des abondantes pluies de juin. Des mosaïques de fleurs colorent les bords des chemins : Epilobe hirsute, Séneçon jacobée, Salicaire commune, Millepertuis perforé… Les jaunes se mêlent aux blancs, les blancs aux violets.
Alors que les flashs crépitent pour une nouvelle araignée – abus de langage car aucun de nous n’en utilise – un bruit en sous-bois retentit tout à coup. La peur atavique du loup resurgit un court instant – sursaut teinté d’une légère angoisse et ponctué d’un « c’était quoi ça ? »: vestige d’un temps révolu où l’humain figurait sur la liste des espèces « proies ». Mais de danger, point ! Un chevreuil qui lui a toutes les raisons de craindre l’homme, tente de prendre la tangente sans être remarqué. Mais les fortes chaleurs récentes ont asséché la litière de feuilles mortes rendant ces dernières bruyantes. Malheureusement l’animal reste à couvert et nous ne l’apercevons pas malgré toute notre attention.
Et la nuit tombe…
A 22h00 passées de huit minutes, un long bourdonnement monte d’une parcelle devant nous et enfle. L’Engoulevent d’Europe, en forêt de Rambouillet, n’est décidément pas cantonné aux zones chaudes et sèches parsemées de landes de bruyère. Ici, le chanteur occupe une zone ouverte environnée de feuillus – chênes, charmes, bouleaux – où deux malheureux Pins sylvestres se battent en duel. Pas le biotope que l’espèce occupe préférentiellement. Et pourtant, l’oiseau chante à l’endroit exact où je l’avais contacté au mois de mai. Il s’agit donc bien d’un oiseau cantonné. Nicheur.
Cherchant l’engoulevent des yeux, nous gardons les oreilles attentives et les yeux rivés sur le ciel déjà assombri. Car si ce coin de forêt n’est pas le plus propice à l’engoulevent, il est excellent pour la Bécasse des bois qui n’a pas encore pointé le bout de son bec. Curieux, l’engoulevent vient rapidement nous survoler. Pour prendre la température. Evoluer les risques. Estimer le danger que nous représentons. Un passage, deux passages… S’approchant au plus près à trois ou quatre mètres à peine. Les chauves-souris, elles aussi, nous survolent de près. Venant se nourrir du nuage d’insectes qui nous suit depuis le début de la sortie. Puis un second engoulevent apparaît. Il y a désormais le mâle, bien identifiable aux lunules blanches qui ponctuent le bout de ses ailes, et la femelle aux ailes uniformément brunes. Un troisième oiseau se joint enfin aux deux autres. Un ballet aérien s’organise. Vol chaloupé, claquements d’ailes… Nous poursuivons notre périple afin de ne pas trop importuner les oiseaux et rendre aux lieux leur calme habituel.
Alors que trois autres engoulevents chantent maintenant pour accompagner le premier, un « psitt » troue tout à coup les ténèbres. C’est une Bécasse des bois bien discrète qui vient de passer au vol sans que nous ayons pu la voir. Une unique note sans laquelle nous ne l’aurions même pas décelée. Le mois de juillet sonne souvent le glas de la période de chant de cette espèce forestière. Il est à craindre que les prochaines sorties se déroulent sans elles…
Le retour se fait dans l’obscurité. Notre groupe est escorté par le chant des Grandes Sauterelles vertes perchées dans les arbres au-dessus du chemin. Les engoulevents bourdonnent au loin, indifférents à notre départ. Deux Chouettes hulottes se répondent brièvement : le cri aigu de la femelle auquel se succède un court hululement du mâle.
Il est 23h30. La soirée est douce, le ciel est limpide et les jours prochains seront estivaux. C’est Météo France qui nous le promet. De quoi retourner arpenter les chemins de cette magnifique région !
Liste des espèces
Oiseaux
Bécasse des bois, Pigeon ramier, Tourterelle turque, Chouette hulotte, Engoulevent d'Europe, Pic vert, Pic noir, Pic épeiche, Corneille noire, Geai des chênes, Mésange charbonnière, Mésange nonnette, Sittelle torchepot, Grimpereau des jardins, Troglodyte mignon, Rougegorge familier, Merle noir, Grive musicienne, Fauvette à tête noire, Pouillot véloce, Gobemouche gris, Étourneau sansonnet, Verdier d'Europe, Bouvreuil pivoine, Pinson des arbres
Mammifères
Chevreuil européen, Sanglier
Amphibien
Grenouille agile
Papillons de nuit
Timandre aimé, Hibou, Acidalie familière
Orthoptères
Grande Sauterelle verte, Grillon des bois





