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3 juin 2018
Poigny au crépuscule
Balade digestive…
Après une semaine chaotique durant laquelle foudre et pluies orageuses se sont éreintées à maintenir les naturalistes au sec au fond de leur canapé, la météo se calme temporairement. Il n'en faut pas davantage pour organiser une sortie au pied levé et agrémenter le programme d'une idée quelques heures avant de la concrétiser.
En guise de dessert, abandonnant les véhicules aux portes du village de Poigny-la-Forêt, nous nous engageons sous le couvert végétal, l'oreille aux aguets, un oeil sur la strate herbacée à rechercher les dernier papillons de la journée et le second affecté à la surveillance des avants bras avidement convoités par une horde de moustiques en mal de contacts humains.
20h00 : le Pouillot siffleur égraine son trille tandis qu'une nichée de Pics épeiches, tout au fond d'une loge creusée dans un chêne appelle leurs parents sans relâche. A l'abri, ils peuvent se permettre ce manque de discrétion qui attire toutefois les promeneurs improvisés que nous sommes. Nous observons à distance le mâle puis la femelle ravitailler leur progéniture affamée avant de reculer lentement et rendre aux lieux leur quiétude coutumière. Le Pic noir est un habitué du secteur, mais le plus grand picidae d'Europe ne se montre pas ce soir.
La moiteur est palpable. Et il nous faut choisir entre exposer nos bras nus ou transpirer sous des manches longues. Sachant que la solution idéale n'est pas pour ce soir, chacun tranche selon ce qu'il peut endurer. Les pluies et la chaleur des derniers jours ont eu un autre effet : les Fougères aigles ont doublé de hauteur en une semaine. Et dans le même temps, les Pétrophores de la fougère (Petrophora chlorosata) ont vu leur nombre multiplié par quatre au moins : ce petit papillon de nuit de couleur beige s'envole partout sur notre passage.
La lumière baisse...
Même si les jours sont maintenant très longs, la luminosité baisse de façon sensible vers 21h30. C'est à peu près à ce moment là qu'un "psitt" sonore retentit au dessus des arbres. Puis un second, plus proche. Et un troisième au moment où une Bécasse des bois, de sa silhouette rondouillarde, survole le chemin. Son long bec se détache nettement sur le ciel teinté d'orangé. L'appareil photo crépite sans illusions déraisonnables. Ce sera au mieux une photo souvenir d'un oiseau aux contours flous. Au pire, la Bécasse ne sera même pas entièrement dans le cadre. Depuis l'avènement du numérique que nombre de photographes amateurs ont vécu sans y croire, ce type de clichés est moins douloureux lorsqu'il est manqué.
Une magnifique chenille rousse et noire - et aux longues soies - traverse le sable du chemin. Elle est identifiée comme une Ecaille martre, superbe papillon de nuit rouge, noir et blanc. Dans la pénombre, des libellules volent encore : une Cordulie bronzée aux reflets mordorés qui lui ont valu son nom et deux autres grandes espèces qui resteront indéterminées en raison de la lumière insuffisante. Peut-être des Anax empereurs. Au loin, un Rougequeue à front blanc pousse une dernière salve.
La nuit tombe pour de bon...
Vingt-deux heures viennent de retentir lorsque un "couac" troue le silence. C'est le cri d'un Engoulevent d'Europe, probablement au vol. Arrêt immédiat. Et attente. De courte durée. L'oiseau, toujours invisible, a dû poser sur une branche à couvert car son chant bourdonnant se fait alors entendre. Un des chants les plus extraordinaires de la forêt. Un chant pouvant se maintenir de longues minutes sans que l'oiseau n'observe de pause. Deux Bécasses des bois profitent de cet instant pour passer au-dessus de nous.
Durant un bon quart d'heure, ce bouquet final se poursuit. Deux Engoulevents se répondent, séparés par cinq-cents mètres de forêt tandis que les Bécasses se poursuivent - jusqu'à quatre les unes derrière les autres.
Sur le chemin du retour, dans la nuit maintenant bien installée, une très grosse chauve-souris se détache tout à coup sur le ciel pas tout à fait noir. De la taille d'un petit limicole, les oreilles proéminentes, l'animal chasse de longues minutes en lisière entre deux et cinq mètres du sol. Photos et vidéo permettront, je l'espère, de mettre un nom sur cet impressionnant mammifère ailé.
Liste des espèces
Oiseaux :
Bécasse des bois, Pigeon ramier, Coucou gris, Engoulevent d'Europe, Pic vert, Pic épeiche, Corneille noire, Geai des chênes, Mésange charbonnière, Mésange huppée, Mésange nonnette, Mésange à longue queue, Sittelle torchepot, Grimpereau des jardins, Troglodyte mignon, Rougegorge familier, Rougequeue à front blanc, Merle noir, Grive musicienne, Grive draine, Fauvette à tête noire, Pouillot fitis, Pouillot véloce, Pouillot siffleur, Gobemouche gris, Pipit des arbres, Grosbec casse-noyaux, Pinson des arbres
Libellules :
Cordulie bronzée
Papillons de jour :
Tircis
Papillons de nuit :
Buveuse (Bombyx buveur), Pétrophore de la fougère, Céladon, Etrille, Ecaille martre, Tordeuse verte du chêne




