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26 mai 2018
Fontainebleau
Le marais…
Samedi matin : 10h30 à l’horloge, mais deux de moins au soleil. Et pourtant l’astre du jour frappe déjà les crânes – moins garni qu’avant quant au mien… Nous craignons que les moustiques soient également voraces. Car l’atmosphère est encore chargée de l’humidité des pluies de la veille.
Le marais est magnifique et ouvert. Et même si nous nous intéressons comme à l’accoutumé à divers taxons, ce sont les libellules qui ont aujourd’hui notre préférence. Et dès le premier trou dans la phragmitaie, dès le premier accès à l’eau, elles sont là. Naïades aux yeux rouges, Orthétrums réticulés, Libellules fauves… Mais surtout un splendide mâle de Leucorrhine à large queue, l’une des espèces les plus rares d’Ile-de-France (également rare sur le plan national) et celle qui a motivée cette sortie.
Nous sommes donc heureux d’avoir rempli l’objectif du jour dès les premiers mètres. La chance nous accompagnera-t-elle tout au long de la journée ? Si nous étions superstitieux, nous croiserions les doigts. Mais il est notoire que cela porte malheur.
La Leucorrhine à large queue ressemble à une Libellule fauve ou à un Orthétrum réticulé. Du moins de prime abord. Car une observation minutieuse permet de noter sa taille réduite, son abdomen très élargi au bout et ces ptérostigmas blancs (cellules étroites et colorées sur le bord antérieur de l’aile des odonates).. Extraordinaire !
En tout, ce sont trois Leucorrhines – toutes des mâles matures – qui sont contactées sur ce site d’exception. Les Crocothémis écarlates émergentes se rencontrent tout le long du chemin, le corps encore jaunâtre, terne. Les ailes encore brillantes d’humidité, volant difficilement sur quelques mètres à peine.
Alors que le Rossignol philomèle nous prouve une fois encore son talent inégalé pour le chant et que la Tourterelle des bois égraine elle aussi sa strophe, une autre libellule rare pointe le bout de l’aile : un Orthétrum à stylet blanc. Avec l’Orthétrum brun posé tout près, ce sont trois des quatre espèces franciliennes d'orthétrum que nous contactons en quelques minutes.
La chance est toujours sur nos pas !
De l’autre côté du chemin une jonchais inondée s’étire. Et au milieu, une passerelle de bois serpente. Le long, des pieds de Dactylorhiza praetermissa achèvent leur floraison. Le premier sympétrum de l’année est découvert séchant sur une tige, bercé par le chant du Phragmite des joncs.
Lorsque qu’un cri – sourd – retentit : Aeschne isocèle ! Une autre grande rareté francilienne, elle aussi posée non loin de nous. Le soleil maintenant voilé est moins favorable aux insectes qui posent dans l’attente de moments meilleurs. La grande libellule brune, au triangle isocèle aussi jaune que diagnostique qu’elle arbore sur son dos émerveille son monde. Après un début en fanfare, c’est là un final tonitruant !
Avec une liste de vingt espèces d’odonates, nous décidons de tenter une nouvelle fois notre bonne étoile décidément en forme aujourd’hui : changement de site et direction la plaine de Sorques.
La plaine de Sorques
Changement de décors. Après la zone humide ouverte, nous arrivons au bord d’un grand plan d’eau aux ripisylves fournies, longé par le Loing.
Les Sternes pierregarins, très bruyantes, veillent à la sécurité de la colonie. Un poussin au duvet brun est visible au bord de la plateforme artificielle sur laquelle les nicheurs ont juché leur nid respectif. Les Grillons champêtres stridulent abondamment tandis qu’une Crocothémis écarlate, posée sur le chemin, s’envole à notre arrivée.
Parvenus au grand observatoire, nous nous renseignons : est-il là ?
On nous répond que non. L’oiseau en question s’est envolé deux heures plus tôt pour disparaître en amont du Loing. Après un mois de présence, la star locale aurait justement choisi notre arrivée pour quitter les lieux ? Impensable ! Mais nous y pensions tout de même…
Sur l’eau, des Fuligules morillons vaquent à leurs occupations. Une Guifette noire – aux plumes sous-alaires blanches qui la distinguent de la très rare Guifette leucoptère – moucheronne au-dessus de l’eau.
Puis arrive le grand moment !
Au bout de l’étang, on note subitement une agitation certaine parmi les quelques dizaines de Bernaches du Canada. Inquiètes, les oies alarment et décollent. Pour tracasser un anatidé de cette taille, il faut un prédateur conséquent. L’Epervier est hors concours.
Immense, un rapace majestueux déboule au-dessus des arbres et s’engage au vol au-dessus du plan d’eau semant la panique. Un jeune Pygargue à queue blanche arrive directement sur nous à force de coups d’ailes puissants. Pour deux d’entre nous, c’est le second Pygargue de l’année après celui observé aux Pays-Bas en janvier dernier. Comme aujourd’hui, les oies (rieuses et cendrées) avaient décollé, cherchant à mettre la plus grande distance possible entre elles et le rapace. Seul les Cygnes tuberculés et de Bewick avaient observés la scène d’un œil indifférent. Aujourd’hui, tout ce qui vole est en l’air. Le Pygargue passe devant l’observatoire et part se poser sur une branche d’un Pin sylvestre sous le crépitement des obturateurs photographiques. La star locale, après deux heures d’absence vient de regagner son perchoir pour le plus grand plaisir des naturalistes présents.
La forêt
Il y a encore une rareté à rechercher. Puisque tout semble nous réussir aujourd’hui, nous décidons de nous faire ambitieux. En forêt de Fontainebleau toute proche, une autre espèce de libellule – elle aussi dans la liste très restreinte des odonates franciliens les plus rares – vole sans se douter de la convoitise dont elle est l’objet pour les passionnés que nous sommes.
Après avoir marché deux ou trois kilomètres en sous-bois, entendu le Pouillot de Bonelli, le Rougequeue à front blanc et le Pipit des arbres et photographié deux Petits Colliers argentés, nous débouchons sur une platière où poussent bruyère, callune et Pins sylvestres. Des mares piquètent l’endroit. Sur la plus grande, envahie par une phragmitaie assez dense, des dizaines d’odonates défendent un territoire invisible à nos yeux.
Rapidement un anisoptère de petite taille est repéré. Dès qu’elle pose sur une touffe de roseau, son aspect sombre orné d’une tache circulaire jaune au bout de l’abdomen comble le groupe. Cette journée, dantesque, se poursuit avec cette Leucorrihine à large thorax. Très rare, son observation est toujours un grand moment !
De près, c’est un odonate de toute beauté. Thorax rouge brique. Abdomen parsemé de taches, rouges sombres à la base, jaune clair à l’extrémité. Avec les intermédiaires rouges et orangés entre ces deux extrêmes. Au moins trois individus sont observés en une heure de temps. Nous les observons à loisir dans leur lutte pour la sauvegarde de quelques pieds de roseaux que leur disputent âprement de nombreuses Libellules à quatre tâches, plus grandes et plus agressives.
Et des dizaines de photos plus tard, la sortie s’achève avec des images plein les yeux et un ultime arrêt en plaine de Chanfroy en toute fin d'après-midi. Nous avons eu une chance folle tout au long de cette journée. Jusqu’à l’orage qui menaçait la région au milieu de l’après-midi et qui s’est finalement éloigné rendant au ciel ce bleu qu’on aime tant lui voir.
Liste des espèces
Oiseaux :
Grèbe huppé, Grand Cormoran, Héron cendré, Cygne tuberculé, Oie cendrée, Bernache du Canada, Canard colvert, Fuligule morillon, Buse variable, Pygargue à queue blanche, Faisan de Colchide, Foulque macroule, Vanneau huppé, Mouette mélanocéphale, Mouette rieuse, Guifette noire, Sterne pierregarin, Pigeon ramier, Tourterelle des bois, Coucou gris, Martinet noir, Martin-pêcheur d'Europe, Pic vert, Pic noir, Pic épeiche, Pic épeichette, Corneille noire, Geai des chênes, Mésange charbonnière, Mésange bleue, Mésange huppée, Mésange à longue queue, Sittelle torchepot, Grimpereau des jardins, Troglodyte mignon, Rougegorge familier, Rossignol philomèle, Rougequeue à front blanc, Merle noir, Grive musicienne, Bouscarle de Cetti, Rousserolle effarvatte, Phragmite des joncs, Hypolaïs polyglotte, Fauvette à tête noire, Fauvette des jardins, Fauvette grisette, Pouillot fitis, Pouillot véloce, Pouillot de Bonelli, Pouillot siffleur, Gobemouche gris, Pipit des arbres, Bergeronnette grise, Pie-grièche écorcheur, Étourneau sansonnet, Grosbec casse-noyaux, Verdier d'Europe, Linotte mélodieuse, Pinson des arbres
Mammifères :
Cerf élaphe
Libellules :
Caloptéryx éclatant, Caloptéryx vierge, Pennipatte bleuâtre, Agrion jouvencelle, Portecoupe holarctique, Naïade aux yeux rouges, Ischnure élégante, Aeschne isocèle, Anax empereur, Anax napolitain, Aeschne-velue printanière, Cordulie bronzée, Crocothémis écarlate, Leucorrhine à large queue, Leucorrhine à gros thorax, Libellule fauve, Libellule à quatre taches, Orthétrum à stylets blancs, Orthétrum brun, Orthétrum réticulé, Sympétrum sanguin
Papillons de jour :
Hespérie des sanguisorbes, Hespérie de la mauve, Piéride du navet, Citron, Cuivré fuligineux, Argus frêle, Azuré commun, Argus (Azuré) bleu céleste, Tircis, Mégère (Satyre), Céphale, Procris (Fadet commun), Petit Collier argenté
Reptiles :
Orvet fragile, Lézard des murailles, Lézard vert occidental





